Boycott in Marocco on Centrale Danone products

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Politique

Le réveil des "écervelés" menace trois grands groupes marocains

Au Maroc, un mouvement qui a appelé au boycott de trois marques de produits de la grande distribution pour protester contre la forte hausse de prix depuis le 20 avril rencontre un vif succès. Un sondage d’opinion montre qu’il est soutenu par près de 80 % de la population.

Le boycott porte sur 3 marques habituellement très plébiscitées des Marocains (la marque de carburant Afriquia, une marque de produit laitier, Centrale Danone et une d’eau minérale, Sidi Ali), ayant toutes un rapport direct ou indirect avec la maison royale de Mohamed VI.

Le consortium industriel du roi Mohammed VI détient 5 % des parts de la marque laitière Centrale, détenue par le groupe Danone. La marque d'eau minérale 'Sidi Ali' appartient à la famille de Miriem Bensalah-Chaqroun, la présidente de la CGEM, l'organisation patronale marocaine. Enfin, la chaîne de stations-service Afriquia est détenue par le groupe Akwa, dont l’actionnaire majoritaire est Aziz Akannanouch, le ministre de l'Agriculture.

80 % des Marocains soutiennent le boycott

La population a été appelée au boycott par les hashtags #Laisse_le_Tourner ou encore #Nous_Boycottons, qui ont dénoncé le monopole que ces entreprises détiennent sur ces produits. On ignore quels en sont les instigateurs, mais le mouvement a pris de l’ampleur, et un sondage mené en ligne a révélé qu'environ 80 % de la population soutiennent cette campagne de boycott en signe de protestation contre la hausse des prix. Celui-ci s’est traduit par un recul des ventes des produits de ces marques. Selon le quotidien Akhbar Al Yaoum, les stations service d’Afriquia auraient même perdu 31 % de leur chiffre d’affaires.

En conséquence, le cours des actions de Danone et Afriquia ont enregistré un recul de près de 6 % sur le marché boursier lundi.

Les politiciens jettent de l'huile sur le feu

Les politiciens n’ont pas manqué de réagir. Le ministre de l’Economie et des finances, Mohamed Boussaïd, a jeté de l’huile sur le feu, et déclenché une salve de critiques sur internet, lorsqu’il a employé le terme de mdawikh (“écervelés”) : "Nous devons encourager l’entreprise, les produits marocains, pas comme ce que font certains écervelés qui appellent à boycotter des entreprises marocaines qui pourtant sont structurées, emploient des citoyens et paient leurs impôts", a-t-il déclaré. A la suite de sa déclaration, un nouveau hashtag, #Je_Suis_écervelé, est devenu très populaire.

Au Salon international de l’Agriculture de Meknès (SIAM), le ministre de l’Agriculture Akhannouch a préféré agiter la ficelle du patriotisme, rappelant que la filière laitière employait près de 474 000 personnes. "Ce n’est pas Internet qui viendra empêcher ces gens-là de travailler, et c’est sur le terrain que ça se passe, pas dans le monde virtuel", a-t-il déclaré, ajoutant : "Les Marocains boivent du lait le matin et l’après-midi et sont conscients qu’avec cet acte, ils aident les producteurs laitiers à continuer à travailler".

Le directeur des achats de Centrale Danone, Adil Benkirane, lui aussi présent au SIAM, a aussi eu des mots très durs à l’égard des boycotteurs, affirmant que leur acte se rapportait à “une trahison à la nation”.

Les autres firmes victimes du boycott se sont gardées de réagir, attendant le passage de la tempête.

Les rayons demeurent intacts

Une tentative pour consentir des rabais importants sur les produits stigmatisés s’est soldée par un échec. Dans les supermarchés de la chaîne Marjane (également détenue par le consortium de Mohamed VI), les étagères où sont disposées les briquettes de lait de la marque "Central" et les bouteilles d'eau de "Sidi Ali" sont restées intactes.

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