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Facebook a discrètement mis fin à ses services dans de nombreux pays

Internet.org, l'initiative de Facebook qui permet aux populations des pays en développement d’accéder à une partie de l'Internet, semble être une véritable réussite, avec près de 100 millions d'utilisateurs. C'est ce qu'indiquaient les rapports financiers du dernier trimestre, publiés la semaine dernière. Mais la firme a oublié de mentionner qu'elle avait rencontré de nombreuses embûches dans plusieurs pays.

Les rapports financiers de Facebook indiquent qu'Internet.org est désormais proposée dans 60 pays, et qu'elle concerne maintenant 100 millions de personnes (contre 40 millions à la fin de l'année 2016). Ce service permet à ses utilisateurs de consulter un certain nombre de sites Internet gratuitement, grâce à l’application pour smartphone Free Basics.

Le cas emblématique de la Birmanie

Parmi eux, on compte bien sur le réseau social Facebook lui-même, d'autant que les utilisateurs qui s’enregistrent pour bénéficier du service internet.org doivent d'abord souscrire à Facebook pour y avoir accès. En Birmanie, par exemple, le réseau social est passé de 2 millions d'utilisateurs à 2014 à 30 millions l'année dernière, grâce à ce programme.

Mais au mois d'août, Facebook a brutalement mis fin à son programme Free Basics en Birmanie, comme dans une douzaine d'autres pays en développement, sans fournir aucune explication. Un porte-parole de Facebook a refusé d'évoquer ces suspensions de service, se contentant d'indiquer que la firme avait lancé ou étendu ce programme dans d'autres pays au cours des derniers mois, comme le Cameroun, la Colombie, le Pérou, le Soudan, la Côte d'Ivoire et l'Indonésie. "Nous poursuivons notre engagement pour mettre plus de personnes en ligne tout autour du monde en brisant les barrières de la connectivité", s'est-il contenté de dire.

Une source au courant de ce dossier affirme même que Facebook aurait programmé de suspendre le service Free Basics dans une douzaine d'autres pays d'Amérique latine.

Une bulle de filtrage

Selon Nikhil Pahwa, un militant de New Delhi détracteur du programme Free Basics de Facebook en Inde, Internet.com est devenu un substitut de l'Internet pour les populations de nombreux pays en développement comme la Birmanie. Le problème, c'est qu'il leur donne une vision réduite de l'Internet, qui façonne leur expérience.

Cela créée une bulle de filtrage, d'après le concept de Elie Pariser, qui aboutit à ne montrer l'utilisateur que les informations qui ont été sélectionnées pour lui selon ses centres d'intérêt supposés, y compris idéologiques et politiques. De ce fait, il agit comme une chambre d'écho qui influence leur vision du monde. "Vous pouvez voir les problèmes se multiplier dans les nations où Free Basics est opérationnel et Facebook est dominant", dit-il.

Un rôle déterminant dans la propagation des discours de haine en Birmanie

En mars dernier, les experts des droits de l’homme de l’ONU ont accusé Facebook d’avoir joué "un rôle déterminant" dans la propagation des discours de haine en Birmanie, établissant le lien entre ces discours et la répression dont ont été victimes les membres de la communauté des  Rohingyas dans ce pays. "Il est utilisé pour transmettre des messages à la population mais nous savons aussi que les bouddhistes ultranationalistes ont leurs propres pages et se livrent à de l'incitation à la violence et à la haine contre les Rohingyas et d'autres minorités ethniques. J'ai peur que Facebook se soit maintenant transformé en une sorte de monstre, et pas en ce à quoi il était initialement destiné", a déclaré Marzuki Darusman, président de la mission internationale indépendante d'établissement des faits mandatée par l'ONU.

L’adoption de l’Internet par les millions de Birmans est très récente, beaucoup d’entre eux ne connaissent pas les pièges de la navigation, et ne savent pas repérer la désinformation, et les tentatives de manipulation. Or, Facebook est devenu le refuge privilégié des extrémistes ultranationalistes birmans, comme le moine bouddhiste Ashin Wirathu, surnommé le "Hitler birman". Sur sa page, on trouvait une succession de messages hostiles à la minorité musulmane d Rohingyas, d’insultes, et de fausses informations. Facebook a finalement supprimé ce compte à la fin du mois de février de cette année.

La neutralité du net remise en cause

Ce ne sont pas les seules critiques essuyées par Internet.org au cours des dernières années. Au début de l'année 2016, le gouvernement indien a bloqué Free Basics en Inde, affirmant qu'il constituait une violation de la neutralité sur le net, puisque c’est Facebook qui décide quels sites “de base” peuvent entrer dans le bouquet des sites accessibles via ce service, "comme si une entreprise de chocolats sélectionnait quels devaient être les aliments essentiels d'une personne".

Après cet échec, Facebook a commencé à stopper de mettre à jour les pages du réseau social consacrées à Free Basics et Internet.org. D'autres ONG., comme Global Voices, ont critiqué la sélectivité du service, qui n’est parfois disponible que dans une ou 2 langues dans plusieurs pays où se côtoient plusieurs dialectes.

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