Crown Prince Mohammed bin Salman of the Kingdom of Saudi Arabia is seen during a meeting with US President Donald J. Trump in the Oval Officeat the White House in Washington, DC, USA, 20 March 2018.

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Politique

Le Prince héritier d'Arabie saoudite affirme que le "peuple d'Israël a le droit d'avoir sa propre patrie"

Dans une interview qu’il a donnée à The Atlantic, le prince héritier d’Arabie saoudite, Mohammed ben Salmane, a indiqué que le peuple juif avait le droit de posséder sa propre patrie.

"Je crois que les Palestiniens et les Israéliens ont le droit d’avoir leur propre pays. Mais nous devrons conclure un accord de paix pour assurer la stabilité à tous et pour avoir des relations normales", a déclaré le prince.

L'Arabie saoudite ne reconnaît pas officiellement Israël

Par le passé, l’Arabie saoudite a déjà évoqué l’idée de reconnaître Israël dans le cadre d’un accord de paix avec les Palestiniens, mais jusqu’à présent, le pays n’a jamais reconnu officiellement Israël. En ce sens, cette déclaration du prince, qui reconnaît à Israël le droit de posséder son propre territoire, est donc tout à fait remarquable.

Le royaume conditionne la normalisation des relations avec l’État hébreu au retrait des territoires palestiniens occupés depuis la Guerre des 6 jours en 1967. Depuis 2002, il prône une solution à deux États, une formule qui recueille le soutien des États-Unis.

Un nouveau signe d'une tentative de rapprochement

Pour certains, il s’agit d’un nouveau signe marquant une tentative de rapprochement de l’Arabie saoudite avec Israël. À la faveur de la montée des tensions avec l’Iran, les officiels saoudiens emploient une rhétorique de plus en plus conciliante à l’égard d’Israël, manifestant ainsi qu’ils cherchent à s’en faire un nouvel allié, avec lequel ils pourront également développer des liens économiques. En effet, l’Iran est également le plus grand ennemi de l’État hébreu.

Ces derniers temps, les signes  qui pointent vers ce rapprochement se sont multipliés. Ainsi, l’Arabie saoudite a autorisé le mois dernier les avions de la compagnie aérienne Air India à survoler son espace aérien lorsqu’ils effectueront la liaison Delhi/Tel-Aviv. Jusqu’à présent, c’était impossible, compte tenu que l’Arabie saoudite ne reconnaît pas Israël et interdit depuis 70 ans le survol de son espace aérien pour tous les avions effectuant des liaisons en provenance ou à destination d’Israël.

Au mois de janvier, la ligue islamique mondiale (MWL), une organisation panislamique basée en Arabie saoudite, a condamné l'Holocauste dans les termes les plus stricts par la voix de son secrétaire général, le Dr Mohammad bin Abdulkarim Al Aissa.

Et au mois de novembre dernier, un officiel israélien a révélé que son pays avait signé des contrats secrets avec l’Arabie Saoudite."Il ne reste plus beaucoup d’alliés à l’Arabie saoudite, assez forts pour se confronter à l’Iran, et c’est pour cela qu’Israël est devenu son second allié militaire le plus important, tout de suite après les États-Unis", rappelle Sebastian Sons, du German Council on Foreign Relations.

La volonté de faire évoluer l'Arabie saoudite 

Le prince Ben Salmane, qui est âgé de 32 ans, semble vouloir faire évoluer la société traditionnelle de l’Arabie saoudite. Il a déjà engagé un certain nombre de réformes pour mettre fin à certaines pratiques conservatrices du pays, y compris l’interdiction de conduire qui s’imposait aux femmes. Il a également mené une campagne de grande ampleur contre la corruption, et entrepris un vaste plan nommé Saudi Vision 2030 pour redynamiser l’économie du Royaume, dangereusement dominée par le pétrole, et assurer sa diversification.  

Lors d’un discours prononcé à l’occasion d’une conférence économique à Riyad en octobre 2017, le prince Mohammed ben Salmane a affirmé que le pays ferait tout pour éradiquer l’extrémisme. Il a également promis de ramener le pays à un islam modéré et ouvert au monde.

Un tacle au guide suprême iranien

Au cours de la même interview, le prince, qui est surnommé MBS, s’en est violemment pris au guide suprême iranien, l’ayatollah Khamenei, qu’il a comparé à Hitler : "Je crois que le guide suprême iranien montre Hitler sous un jour favorable. Hitler n’a jamais fait ce que le guide suprême essaye de faire. Hitler a tenté de conquérir l’Europe. (…) Le guide suprême essaye de conquérir le monde. Il croit que le monde lui appartient. Ce sont tous les deux des hommes mauvais. Il est le Hitler du Moyen-Orient".

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