A clerk counts Renminbi banknotes in a bank outlet in Huaibei, Anhui province, china, 26 August 2015.

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Economie

Un cygne noir vient de passer discrètement: la Chine veut payer son pétrole brut en yuans

Trois sources ont indiqué à Reuters que la Chine avait commencé à prendre des mesures pour régler ses importations de pétrole brut en yuans plutôt qu’en dollars. Elle pourrait même débuter un projet pilote dans ce sens dès le second semestre, notamment pour ses achats de pétrole russe.

Actuellement, seulement une fraction des règlements internationaux ou domestiques enregistrés par le réseau mondial SWIFT sont effectuées en yuans. Le yuan est la 5e monnaie la plus utilisée au monde, derrière le dollar, le yen, la livre sterling et l’euro. Le volume de paiements effectués en yuans n’a représenté que 1,6 % du total l’année dernière, contre 39,8 % pour le dollar.

Le yuan a des arguments pour rattraper l'euro,la livre et le yen

La Chine est désormais le plus gros acheteur de pétrole brut du monde, devant les États-Unis, qu’elle vient de dépasser. Or, le pétrole brut est la matière première la plus échangée dans le monde. 

Le projet de la Chine de payer le pétrole en yuans pourrait donc contribuer à faire de celle-ci l’une des monnaies majeures du commerce international, exactement ce qu’ambitionne le président chinois Xi Jinping.

Selon les 3 sources, qui émanent d’institutions financières, des régulateurs chinois auraient demandé de manière informelle à ces institutions de se préparer pour revaloriser les importations de pétrole de la Chine en yuans. Apparemment, les premières importations concernées seraient celles provenant de la Russie et de l’Angola. Ces 2 nations, qui sont d’importants fournisseurs pour la Chine, sont toutes 2 désireuses de mettre fin à la domination du dollar.

Par la suite, en cas de réussite, d’autres transactions pourraient être payées en yuans. La Chine importe aussi plus de la moitié de l’aluminium produit sur la planète, et presque la moitié de l’acier et du cuivre. Cela lui confère un énorme pouvoir pour imposer sa monnaie.

Les Chinois avaient déjà commencé à imposer le yuan

Ces dernières années, le yuan a gagné de l’importance. Il est devenu une monnaie de référence pour le fonds monétaire international (FMI), qui l'a inclus dans le panier des droits de tirages spéciaux (DTS) aux côtés du dollar, de l’euro, de la livre sterling et du yen. La Chine a déjà manifesté qu’elle souhaitait développer l’usage du yuan dans les transactions internationales.

Depuis plusieurs années, le pays conclut des accords avec ses partenaires commerciaux pour effectuer les paiements de ses échanges bilatéraux en yuan. Au mois de juillet dernier, la Chine a proposé de régler son pétrole à l’Arabie Saoudite en yuans. Même si l'Empire du Milieu a réduit la part de l’Arabie Saoudite dans son approvisionnement en or noir, elle demeure le principal acheteur de ce pays, ce qui ne laisse guère de choix à ce dernier.

Un autre événement convergent, tout aussi discret

Un certain nombre d’analystes avaient prévu cette évolution. Par exemple, Jeffrey Moore, senior analyst chez Global Risk Insights, avait qu'en 2018, la Chine pourrait imposer sa monnaie pour qu’elle supplante le dollar comme monnaie de référence internationale.

Par ailleurs, cette semaine, un autre événement, convergent et tout aussi discret, s’est produit : la Chine a lancé un contrat de futures sur le pétrole brut à la bourse de Shanghai… en yuans, bien sûr. Tous les investisseurs internationaux, aussi bien que chinois peuvent investir dans ce contrat. Selon certains experts, il est voué à devenir le 3e étalon pour la fixation du cours du pétrole, aux côtés du Brent et du WTI (West Texas Intermediate crude).

Un cygne noir

Or, à la fin de l'année dernière, la banque danoise Saxo Bank a publié comme à son habitude une liste de 10 prédictions "scandaleuses" pour l’année à venir, c'est à dire des 10 cygnes noirs qui pourraient selon elle se produire en 2018. Les "cygnes noirs" (‘Black Swans’), sont des événements extrêmes qui surprennent et ont un impact majeur, puis sont rationalisés par des explications a posteriori.

Elle avait notamment prédit que la Chine pourrait déployer un '"petro-renminbi", c'est à dire, que la Bourse Internationale de l’Energie à Shanghai pourrait décider de régler toutes ses importations de pétrole avec des contrats à terme basés en yuan, et non plus en dollars. Cette prédiction vient donc de se concrétiser. Reste à savoir si elle aura le potentiel disrupteur que la Saxo Bank lui attribuait…  

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