Farhad Manjoo (on the left)

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"Evitez les médias sociaux", dit un journaliste qui ne lit plus que des publications sur papier

Le journaliste américain Farhad Manjoo a décidé en janvier de tourner le dos aux médias sociaux. "Après l'année la plus chargée en scoops de l'histoire récente, j'ai décidé de remonter le temps. J’ai éteint les notifications de mes chaînes d’actualités numériques, je me suis débranché de Twitter et des autres réseaux sociaux”, explique-t-il dans le New York Times.

Manjoo (à gauche sur la photo) s'est abonné à trois journaux imprimés (Le The New York Times, The Wall Street Journal, le San Francisco Chronicle) ainsi qu'au magazine économique The Economist.

“Après avoir lu des journaux pendant quelques semaines, j’ai commencé à réaliser que ce n’était pas tant  les journaux qui étaient si géniaux, que les médias sociaux qui étaient très mauvais. (...) Cela a changé ma vie. (...) Maintenant, non seulement je suis moins accro aux actualités, mais je suis également mieux informé (bien qu’il y ait des “angles morts”, ici ou là). J'ai aussi honte d'admettre la quantité de temps libre dont je dispose maintenant. En deux mois, j'ai lu six livres, j'ai commencé un cours de poterie et, (je crois), je suis devenu un père et un mari plus attentif.

Les actualités : rapides et incorrectes, ou plus lentes et correctes

Selon Manjoo, la vie réelle est lente et les journalistes ont besoin de temps pour réellement assimiler ce qui se passe, et comment les choses s’intègrent dans un contexte. Mais comme la technologie accélère les choses, les smartphones et les réseaux sociaux nous apportent les actualités bien plus rapidement que nous ne pouvons les comprendre. En conséquence, nous compensons avec des spéculations et des informations erronées.

Manjoo propose à chacun de créer son propre rituel de nouvelles en consultant une application d’actualités une fois par jour, en lisant un bulletin d'information matinal, ou en écoutant un podcast de nouvelles quotidiennes. Il recommande de choisir un média qui se concentre sur le contexte et l'interprétation, plutôt que sur les scoops et les “breaking news”.

Sa plus grande surprise a été de constater que le temps semblait passer plus lentement.

Un flux infini de commentaires

Il s'est également rendu compte qu'une grande partie de ce que l’on peut lire en ligne n'est pas vraiment de l’actualité, mais plutôt un flot infini de commentaires qui trouble notre vision du monde, plutôt qu’il ne la clarifie.

Manjoo avait reçu une notification sur la fusillade à Parkland sur sa montre, mais ce n’est que le lendemain qu’il avait vraiment appris ce qui s’était passé dans le journal. Ce matin-là, il y avait consacré près de 40 minutes, et non seulement il pense y avoir passé moins de temps que s’il avait suivi le fil d’actualité au fur et à mesure de ses nouveaux développements, mais il s’est également trouvé “mieux informé”.

Le conseil le plus important de Manjoo est donc: "Tenez-vous informé. Pas trop vite. Évitez les médias sociaux". Twitter et Facebook sont par construction destinés à nous faire privilégier la vitesse plutôt que la profondeur,  les actualités “chaudes”, plutôt que les faits. Ils constituent aussi des vitrines idéales pour les propagandistes chevronnés, au détriment des analystes d’actualités bien intentionnés.

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