Federal Secretary of Italian party 'Lega' (League), Matteo Salvini, flashes a 'Thumbs-up' gesture during his press conference at the party's headquarter in Milan, Italy, 05 March 2018
Matteo Salvini, dirigeant de la Lega Nord

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Politique

Après les élections, l'Italie est plus polarisée que jamais...

En Italie, les électeurs ont tranché: ils ont préféré des partis populistes aux partis traditionnels de centre-droit et de centre-gauche, sans accorder de majorité nette à aucune formation. Désormais, le paysage politique n’est plus divisé entre la gauche et la droite comme il l’était jusqu'alors, mais entre les partis traditionnels et les partis anti-establishment, qui ont obtenu plus de la moitié des suffrages cumulés.

Le parti d’extrême droite de la Liga est le grand gagnant des élections, recueillant 18 % des suffrages (contre 4 % précédemment). Il est suivi du mouvement 5 étoiles de Beppe Grillo, qui a obtenu 32 % des voix.

Silvio Berlusconi a échoué sur les deux tableaux

L’ex-premier ministre Silvio Berlusconi n’a pas eu le succès attendu, et son mouvement Forza Italia ne recueille que 14 % des voix, contre 22 % précédemment. "Berlusconi a été réveillé par une douche froide. À l’âge de 81 ans, son unique argument était sa capacité à contrôler la Liga et à repousser le mouvement 5 étoiles. Il a échoué sur les deux tableaux", synthétise Francesco Galietti, fondateur de la société d’analyse de risque politique Policy Sonar.

"Confronté avec des opposants plus jeunes et plus télégéniques, comme le dirigeant de la Liga Matteo Salvini, ou le candidat calme et bien éduqué du Mouvement 5 étoiles, Luigi Di Maio, Berlusconi, pour la toute première fois, est apparu comme un vieil homme", explique Alberto Mingardi, directeur général du think tank libéral italien Instituto Bruno Leoni, dans Politico.

 Former Italian Prime Minister and leader of the 'Forza Italia' party, Silvio Berlusconi (R), leaves a booth prior to casting his vote for the general elections at a polling station in Milan, Italy, 04 March 2018.

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L'erreur tactique du Parti démocrate: laisser Renzi mener campagne

Quant au parti démocrate (PD) de l’autre ancien Premier ministre, Matteo Renzi, il n’a convaincu que 19 % des électeurs. 

Le PD, au pouvoir depuis 2013, se targuait pourtant de résultats crédibles. Il a introduit des mesures pour lutter contre la pauvreté, et l’été dernier, il a conclu un accord avec le gouvernement libyen qui a largement contribué à faire baisser le nombre de réfugiés arrivant sur les côtes italiennes. La situation économique du pays s’est améliorée grâce à une série de mesures que le gouvernement a passées pour améliorer la productivité et l’investissement.

Le problème, ce que c’est que ce n’est pas le premier ministre Paolo Gentiloni, qui est à l’origine de toutes ces mesures, qui a mené la campagne politique, mais Matteo Renzi, un politicien qui a commis plusieurs gaffes tactiques, et dont les Italiens se sont lassés.

Democratic Party (PD) leader Matteo Renzi during a press conference in Rome, Italy, 05 March 2018

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Une nouvelle coalition est-elle possible ?

Les élections ont également montré que le pays était maintenant fortement polarisé : le Nord a plutôt voté pour la droite, alors que le sud a majoritairement opté pour le mouvement 5 étoiles.

Les dirigeants italiens devront maintenant trouver un moyen de former une coalition dirigée en théorie par le mouvement 5 étoiles. Cela semble d’autant plus compliqué que ce dernier a toujours rejeté toute alliance par le passé. En théorie, il devrait s’associer aux mouvements populistes d’extrême droite qui partagent son scepticisme à l’égard de l’Union européenne, et prônent le protectionnisme comme lui. Mais contrairement à lui, la Liga Nord a fait de l’islam et de la migration ses bêtes noires.

L'Italie, le nouvel eldorado de l'euroscepticisme

Une alliance populiste de ce type poserait un nouveau défi pour l’Union européenne, et risquerait de déclencher une nouvelle crise sur les marchés financiers italiens. "Les électeurs ont récompensé les forces qui ont une position sceptique, voire hostile à l’égard de l’Europe. De ce point de vue, nous nous rapprochons du groupe Visegrad, de la Pologne Hongrie la République tchèque et la Slovaquie. (…) Cependant, ces pays ont une dette publique allant de 36 % du PIB (République tchèque) à 73 % (Hongrie). La nôtre est de 132 %, et elle ne baisse pas. Lorsque l’on prône le souverainisme, il ne faut pas être vulnérable financièrement. Avec sa dette astronomique et sa croissance anémique, l’Italie est plus vulnérable que jamais. Avec l’élection de forces politiques qui veulent quitter l’Union monétaire, comme la Liga Nord, ou de partis qui ne font que changer d’avis à ce propos, comme le Mouvement 5 étoiles, le pays deviendra encore plus vulnérable", analyse La Repubblica.

Une menace avérée pour l'Union européenne

En outre, la défaite de Forza Italia semble disqualifier le candidat que Berlusconi avait choisi pour gouverner à sa place (le “Cavaliere” est en effet inéligible en raison d’une condamnation pour fraude fiscale), le président du Parlement européen, Antonio Tajani. La perspective d’une nomination de ce dernier avait suscité l’espoir au sein de l’Union européenne.

D’autres commentateurs soulignent que la marge de manœuvre du prochain gouvernement sera très faible, et que cela pose un risque majeur pour l’Union européenne:

"Quel que soit le gouvernement qui finira par émerger, il sera probablement trop faible pour passer les réformes dont le pays a désespérément besoin pour le remettre en position de mieux supporter la prochaine crise. Un contexte de chômage et de migration soutenue risque de conforter la grogne des Italiens à l’égard de Bruxelles. Si l’Union Européenne s’avère incapable de se concentrer sur la croissance et d’apporter des solutions pour gérer la migration, l’euroscepticisme risque de s’intensifier en Italie", écrit le Daily Telegraph.

"Les Italiens viennent peut-être d'enterrer le projet européen"

Les résultats de l’élection italienne font également voler en éclat le rêve de la consolidation de la zone euro, dont le président français Emmanuel Macron s’est fait le champion, estime le journal polonais Rzeczpospolita:

"Maintenant que les résultats de l’élection italienne sont connus, nous savons que ce n’est pas réaliste. Sans la perspective de réformes en Italie, il n’y a aucune chance que les Allemands acceptent de prendre la responsabilité des 2300 milliards d’euros de la dette publique italienne. (…) C’est pourtant précisément à cela qu’auraient dû aboutir un budget pour la zone euro, les euro-obligations, et un ministre des finances commun. Les Italiens viennent d’enterrer le projet d’une Europe à deux vitesses. Espérons qu’ils n’ont pas également enterré le projet européen lui-même."

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