Italian former premier Silvio Berlusconi shows an electoral poster during the Italian Tv show 'In mezz'ora piu', in Rome, Italy, 11 February 2018

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Politique

Berlusconi fait son retour politique... et le monde s'en réjouit

C’est avec un soulagement à peine dissimulé que les dirigeants européens avaient vu Silvio Berlusconi sortir de la scène politique, lorsqu’il avait donné sa démission en 2011 pour permettre à Mario Monti de lui succéder au poste de Premier ministre. Mais contre toute attente le "Cavaliere" a fait un retour remarqué en politique, récemment. 

Et bien qu’il ne puisse plus occuper de fonctions officielles (En 2013, Berlusconi a été condamné à 6 ans d’inéligibilité pour fraude fiscale), il y a de fortes chances qu’il contribue à faire gagner les élections à son parti, "Forza Italia".

Ironiquement, d’une certaine manière, Silvio Berlusconi est peut-être l’inventeur du populisme, et l’on peut comprendre pourquoi les Italiens seraient enclins à le choisir. Le magnat italien demeure très populaire et il remplit encore des salles partout où il se rend. Il inspire l’optimisme et donne l’image d’un battant. Mais ce qui est plus surprenant, c’est qu’il obtient également le soutien de l’UE et du monde, explique Politico. Et le fait qu’il soit dans l’impossibilité d’occuper le poste de Premier ministre ne semble pas le déranger. "Je serai sur le terrain, en tant que capitaine, ou que coach", a-t-il déclaré au mois de décembre.

A la fin du mois de janvier, le Cavaliere s’est rendu à Bruxelles, où il a été accueilli chaleureusement "car beaucoup en Europe le voient comme l’homme qui peut sauver l’Italie du populisme au mois de mars", écrivait Euronews.

Sa coalition est en tête dans les sondages

Outre Forza Italia, la coalition de droite qu’il a réussi à constituer se compose de deux partis d’extrême droite, la Ligue du Nord de Matteo Salvini et Fratelli d’Italia de Georgia Meloni, mais aussi d’un parti démocrate-chrétien, Noi con Italia de Raffaele Fitto. Elle est créditée de 37 % des intentions de vote aux élections du 4 mars prochain, derrière le Mouvement 5 Étoiles de Beppe Grillo qui est en tête avec 28 %, selon un dernier sondage de The Economist.

Pour le moment, Berlusconi s’est montré très adroit, louvoyant entre des positions conservatrices, notamment sur l’immigration, et des positions moins fermes permettant d’assouplir les déclarations parfois radicales de ses partenaires extrémistes de coalition. C’est notamment sous son influence que la Ligue du Nord a cessé de réclamer la sortie de l’Italie de la zone euro (même si l'on a appris aujourd'hui que ce parti propose maintenant une sortie de l'UE...). De même, il n’hésite pas à se confronter au Mouvement 5 Étoiles.

Un gage de stabilité

Mais ce n’est pas tant son programme politique ou ses positions qui séduisent les dirigeants européens, que la stabilité qu’il promet.

La dette italienne se monte à environ 2200 milliards d’euros, et 40 % de cette somme ont été empruntés à des investisseurs étrangers, qui n’ont aucun intérêt à ce que l’incertitude se développe en Italie. Pour la population, il en va de même. Le pays est confronté à une grave crise de vieillissement, et beaucoup épargnent pour leurs vieux jours.

Berlusconi affirme que l’Italie devrait respecter le pacte budgétaire européen, qu’il faut supprimer les taxes récentes sans élever le déficit, et ce programme apparaît désormais comme le plus fiable. Car en dépit du personnage, des scandales qui l’entourent et de ses outrances verbales, les politiques économiques appliquées par Berlusconi n’ont pas vraiment ébranlé le statu quo, ce qui peut apparaître rassurant. Au cours des 2 gouvernements qu’il a dirigés (de 2001 à 2006 et de 2007 à 2009), le déficit budgétaire s’est creusé et l’économie n’a pas été vraiment libéralisée, contrairement à ses promesses.

Ses détracteurs le soupçonnent d’avoir utilisé son pouvoir pour favoriser ses propres intérêts; mais il est probable que c’est le contraire, et que son implication politique l’ait rendu prudent. Ainsi, en 2011, il a choisi de donner sa démission alors que les taux d’intérêt sur les obligations italiennes étaient au plus haut, posant un problème de financement pour le pays.

Fiable par... expérience

"Donner sa démission n’est jamais facile, mais les propres conflits d’intérêt de Berlusconi [c’est avant tout un chef d’entreprise qui a réussi] lui ont fait comprendre mieux que quiconque que les marchés internationaux devaient être calmés. Cela l’a rendu fiable. Lui qui n’était pourtant pas un fan des mesures impopulaires a soutenu Monti loyalement, y compris lorsqu’il a décidé de fortement reculer l’âge de prise de la pension", rappelle Politico.

Les rentiers et les spéculateurs

L’éminent sociologue italien Vilfredo Pareto distingue fameusement les rentiers et les spéculateurs. Les rentiers se soucient de la stabilité pour leurs avoirs, et préfèrent la sécurité pour leur épargne ; les spéculateurs veulent saisir toute opportunité pour augmenter leur fortune. Chaque groupe est essentiel pour une société saine.

Berlusconi s’est probablement enrichi en étant spéculateur, mais aujourd’hui, à l’âge de 81 ans, il se positionne du côté des rentiers, ce qui est un gage de sécurité pour l’Italie.

Ce revirement est visible dans son programme politique, qui favorise les épargnants. En revanche, ses opposants politiques sont des spéculateurs, qui optent pour des paris audacieux, parce qu’ils ont peu à perdre. 

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