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Barcelone et la fin de la frivolité

Ces dernières semaines, les touristes sont souvent devenus des têtes de Turcs à Barcelone, mais parmi les 13 personnes décédées et les nombreux blessés par l’attentat terroriste revendiqué par l’Etat islamique, on recense de nombreux touristes. Outre une Belge, on trouvait des Français, des Allemands, des Néerlandais, des Argentins, des Vénézuéliens, des Australiens, des Hongrois, des Péruviens, des Irlandais, des Grecs, des Cubains, des Macédoniens, des Chinois, des Italiens, des Roumains, des Algériens et des Espagnols parmi les victimes.


[Les séparatistes basques et les anarchistes catalans se sont associés au cours des dernières semaines pour lutter contre le tourisme de masse perçu par les Espagnols comme la plus grande menace pour l'avenir. La violence est l’un de leurs modes d’action. Le mois dernier, quatre hommes masqués sont montés à bord d’un bus de touristes dans les environs du temple du football catalan, le Camp Nou. Après avoir crevé les pneus du véhicule avec des couteaux, ils ont inscrit leur slogan avec de la peinture sur le pare-brise : « El turisme mata els burris ». (« Le tourisme tue nos quartiers »).]

Lluis Bassets, directeur et chroniqueur du quotidien El País, exhorte les politiciens et les groupes d'intérêt à mettre fin à cette campagne teintée de xénophobie et à se comporter de façon plus responsable :

« Même si l'on regarde ailleurs, le rendez-vous avec la terreur affecte deux des débats qui ont polarisé la société espagnole ces derniers mois, à savoir les fonctions de la police autonome et le modèle touristique qui convient à Barcelone. D'une part, l'attaque d'hier nous rappelle l'importance d'une bonne coordination de la police et la controverse absurde sur les devoirs constitutionnels de tous les officiers de police. (…)

D'autre part, la collision massive et mortelle démontre qu'il n'y a pas de place pour les métaphores et les élans littéraires lorsqu'il s'agit des responsabilités politiques et sociales. Les expressions et les touristes peints comme des terroristes ont trouvé un écho sinistre dans l'attaque d'hier.



Il est certain que les auteurs écervelés ne sont pas allés aussi loin dans leur imagination et il n'est pas certain non plus que les esprits dirigeants de la terreur aient spécifiquement prêté attention à ces appels aux connotations criminelles. Mais l'effet sanglant est là, quelques jours après l’apparition de ces qualificatifs contre les étrangers.

Le plus doux à dire, c'est qu'il y a une frivolité irresponsable et largement coupable dans les organisations politiques qui ont entrepris ces campagnes xénophobes d'agitation et, logiquement, aussi chez ceux qui les associent ou ont besoin de leurs votes parlementaires.

Le terrorisme de masse devient une routine


Le terrorisme de masse qui veut détruire nos valeurs et notre société devient une routine dans nos sociétés européennes. Le temps de la frivolité est révolu.

Parce que maintenant, le monde entier nous regarde pour savoir comment nous réagirons à la souffrance de Barcelone après cet attentat sauvage, qui cherche à l’appauvrir et à détruire son statut de ville solidaire, ouverte et libre.

Allons-nous laisser les terroristes interférer et conditionner désormais le débat sur Barcelone, sur la sécurité et le tourisme ? »