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'Kale Borroka' devient "Turismo Borroka' : des anarchistes espagnols s'en prennent violemment aux touristes

Des séparatistes basques et des anarchistes catalans s'unissent dans la lutte contre le tourisme de masse considéré par les Espagnols comme la plus grande menace dans le futur. Et cette lutte n’est pas exempte de violence.


Le mois dernier, quatre hommes masqués sont montés à bord d'un bus de touristes dans les environs du temple du football catalan, le Camp Nou. Après avoir crevé les pneus du véhicule avec des couteaux, ils ont inscrit leur slogan avec de la peinture sur le pare-brise : « El turisme mata els burris ». (« Le tourisme tue nos quartiers »).

Endavant, un mouvement qui compte parmi ses membres un noyau d'anticapitalistes durs, a posté vendredi sur son compte Twitter un petit film montrant comment ils tentent d'entraver, via le vandalisme, l'activité d'entreprises qui vivent du tourisme.




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La problématique n'est pas nouvelle. Depuis des années, les habitants de pôles d'attraction touristique tels que Barcelone, Venise, Berlin et beaucoup d'autres villes s’inquiètent de l'impact du tourisme de masse sur leurs villes.

« Le comportement en état d’ivresse, les nuisances sonores et les problèmes de transport ne sont qu’une part du problème. Un problème plus important est que les résidents sont éjectés du centre-ville par les hôtels de luxe et appartements touristiques illégaux », commentait il y a quelques mois Daniel Pardo, membre de l’Assemblée pour un Tourisme Durable.

En à peine 2 ans, le prix des locations dans la capitale catalane a augmenté de 20%.

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(Traduction du tweet : @albertofdezxbcn accuse les jeunesses du CUP de "turismoborroka")

« Tourism is Killing Mallorca »


Arran, un groupe d'anarchistes catalans, a mené ces dernières semaines une première série d'actions violentes. A Palma de Mallorca, des fumigènes ont été lancés contre des hôtels 5 étoiles. Des vitres ont aussi été brisées et les pneus de vélos à louer ont été crevés à chaque coin de rue. Une banderole a été déployée avec l'inscription : « Tourism is Killing Mallorca ».

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« Kale Borroka » devient « Turismo Borroka »


Tant Arran qu'Endavant sont des satellites du CUP et de Batasuna, deux mouvements politiques qui revendiquent l'indépendance respectivement de la Catalogne et du Pays Basque.

Le CUP, parti d'extrême-gauche anticapitaliste, fait partie d'une coalition de nationalistes catalans qui veut organiser le 1er octobre un référendum sur l'indépendance

Batasuna a été fondé en avril 1978 en tant qu’Herri Batasuna (Union populaire), une coalition de groupes nationalistes, en réaction au rejet par la population basque de la nouvelle constitution espagnole. Ce mouvement a été dissout en 2013, mais des groupuscules restent actifs.

De  « kale borroka », terme basque signifiant « lutte de la rue », au nom de laquelle des actes de vandalisme et de guérilla urbaine de basse intensité étaient commis contre « l'occupant espagnol », on est passé à ce que les deux groupes appellent le « turismo borroka » : la lutte contre le tourisme.

Les deux groupes promettent davantage d'actions pour mettre un terme à ce qu'ils appellent le « tourisme qui détruit notre environnement ».

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Dans les années à venir, 40 millions de Chinois s’apprêtent à visiter Venise


Les associations touristiques espagnoles ne se réjouissent pas de cette situation. Cependant, elles estiment que les autorités locales se sont peu ou pas du tout préoccupées des plaintes des habitants. Cette violence risque de s'étendre à d'autres villes. En effet, les activistes promettent, fin de ce mois déjà, une marche sur San Sebastian, dans le nord du pays.

Il n'y a pas qu'en Espagne que la situation empire. Le mois dernier, 2.000 personnes ont manifesté à Venise. Elles ont demandé que les autorités prennent en charge les dégâts occasionnés au cœur de la vielle ville, où passent 70.000 touristes... par jour. Selon Marco Gaspari qui participe à la campagne « Venice, my future », 40 millions de Chinois s’apprêtent à visiter Venise dans les années à venir. « Où allons-nous mettre tous ces gens ? », se demande-t-il. Rome et Florence souffrent également des nuisances du tourisme de masse.

AFP PHOTO / ANDREA PATTARO