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Economie de farfadet : en Irlande, un taux de croissance de... 26,3 % pour 2015

Un taux de croissance de 26,3 %... Oui, vous avez bien lu, c’est le taux de croissance affiché par l'Irlande pour 2015, selon des données publiées mardi. C’est le niveau de croissance le plus élevé depuis des décennies, et il dépasse allègrement les 7,8 % qui avaient été prévus par l’Office National de Statistiques. De même, il représente le triple des taux de croissance que le Tigre Celtique avait enregistrés pendant ses années de prospérité, au début des années 2000.


Cependant, ces chiffres ont été accueillis avec une grande dose de scepticisme par les analystes économiques. “Economie de Leprechaun”, a twitté le détenteur du Prix Nobel d’Economie Paul Krugman, faisant référence au farfadet roux de la mythologie irlandaise habituellement habillé de vert.


Les investissements étrangers et les inversions


Les autorités ont expliqué que le miracle provenait des “inversions”, c’est à dire des rapatriements d’actifs que des sociétés multinationales ont effectués en Irlande pour bénéficier de son taux d’imposition des sociétés ultra-favorable : 12,5 %. L’inflation du PIB ne se rapporte donc pas à un développement de l’économie réelle, et il n’a aucune incidence sur le niveau d’activité ou la création d’emplois.

Les données de l’économie irlandaise sont de plus en plus déconnectées de la réalité vécue par le pays sur le terrain, parce que le pays est devenu une terre d’élection pour les investissements étrangers, provenant notamment de la Silicon Valley et de firmes pharmaceutiques attirées par son régime fiscal.

La reprise économique irlandaise


La reprise économique irlandaise ? Elle dépend donc bien plus de ces investissements étrangers, concentrés sur Dublin, que sur l’activité intrinsèque des industries, PME et agriculture irlandaises de toute l'Irlande. C’est d’ailleurs cette réalité qui a coûté sa majorité parlementaire au Premier ministre Enda Kenny en févier. Au cours de la campagne, ce dernier avait beaucoup vanté la reprise du pays, exhortant ses électeurs à la maintenir. Mais ils n’ont pas été dupes.

Pour le Financial Times, la question est en effet de savoir quels sont les “vrais” chiffres de l’économie irlandaise. Car les données statistiques sont tellement biaisées par le régime fiscal qu’il est devenu impossible d’y voir clair. Or, les données de l’Office National de statistiques ont aussi montré que l’activité du pays avait reculé de 2,1% au cours du premier trimestre de cette année...