Laissez les super riches faire leurs voyages dans l'espace

Le crash du vaisseau spatial SpaceShipTwo de Virgin Galactic dans le désert de Mojave, vendredi dernier, a non seulement suscité un débat sur ​​la sécurité des vols spatiaux commerciaux, mais aussi sur  la futilité de ces vols, réservés aux plus riches. Mais pour Ryan Bourne de CityAM, nous bénéficierons nous-mêmes de ces voyages spatiaux touristiques, parce que c’est ainsi que fonctionne le capitalisme. D’abord réservés à une élite, ils se démocratiseront probablement par la suite.


Gaspillage d'argent


Dans The Guardian la chroniqueuse Zoe Williams critique le fait que certaines personnes aient la possibilité de payer 250 000 dollars pour un bref voyage dans l'espace, jugeant que cela démontre la nécessité de réduire l'écart entre les riches et les pauvres.


Mais c’est une critique classique du capitalisme, objecte Bourne. Le système serait injuste, car il offrirait à une minorité des possibilités que d'autres n’auront pas, et qu’il encouragerait le gaspillage d'argent. Mais il affirme que les critiques omettent toujours le bon côté du système capitaliste: que certains biens et services, qui ne sont disponibles que pour les plus riches initialement, deviennent par la suite accessibles à des gens moins fortunés.


Au début de leur commercialisation, le chauffage central, les voitures, les télévisions, les ordinateurs, les téléphones, et même la lumière électrique, n’étaient réservés qu’aux plus riches. Sur quelle base peut-on donc prédire que les voyages dans l'espace ne seront jamais accessibles aux masses? Mais une question plus philosophique se pose alors : à partir de quand peut-on considérer qu’une dépense est frivole, ou qu’elle est un gaspillage ?


Williams assène que l’expérience du voyage dans l’espace est un gaspillage. Mais comment distinguer ce qui est inutile et ce qui ne l'est pas, et qui peut en décider? Pour les gens du tiers-monde, le fait que certains Occidentaux de la classe moyenne aisée s’offrent des sauts à l'élastique doit probablement sembler aussi futile qu’il l’est  pour cette même classe moyenne de voir un millionnaire voyager dans l’espace.


La consommation conduit à la redistribution


Les détracteurs de l'écart entre les riches et les pauvres doivent savoir ce qu'ils veulent, estime Bourne. Cette année, Thomas Piketty est devenu populaire avec un livre dans lequel il accuse le capital d’avoir une plus grande rentabilité que le travail. La richesse s'accumule, selon Piketty et les inégalités se creusent, parce que le capital se transmet par héritage. Mais lorsque les riches dépensent leur argent, par exemple, en s’offrant un voyage dans l'espace, transférant ainsi de l’argent à cette industrie, par exemple, on les critique. Pourtant, c’est de cette façon que leur argent parvient effectivement à bénéficier aux franges les moins favorisées de la population, aux ouvriers de l'industrie de l'aéronautique, dans cet exemple.


Bourne conclut en observant que c’est de cette façon que le capitalisme innovant a toujours fonctionné: les entrepreneurs mènent des expériences et adaptent leurs produits ou leurs services pour les spécialiser pour des marchés, afin de déterminer ce qui est utile. D’après lui, ce système a fait bien plus pour améliorer la condition des pauvres que tout autre système. Chacun doit pouvoir dépenser son argent comme il l’entend, donc…