Jean-Claude Juncker: la chute d’un Européen modèle

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Le Premier ministre luxembourgeois, Jean-Claude Juncker, vient d’annoncer sa démission. Il se trouve actuellement au centre d’un scandale de piratage qui ébranle actuellement le Grand-Duché de Luxembourg. Il est apparu que le service de renseignement luxembourgeois, le SERL, aurait été coupable de dérives incluant la corruption, la mise sur écoute illégale de politiciens, et l’usage privé de biens appartenant à l’agence. On accuse Juncker d’avoir failli à sa mission de contrôle du SERL, et plus largement d’avoir négligé les affaires nationales au profit des affaires européennes. 

Juncker, âgé de 58 ans, tenait sa charge de Premier ministre du Luxembourg depuis 18 ans, et il a été continuellement membre du gouvernement au cours des 30 dernières années. Il avait été nommé Premier ministre du Luxembourg pour la première fois en 1995, et il avait participé à la construction européenne, au même moment que François Mitterrand et Helmut Kohl. Jusqu’au début de cette année, il était également à la tête de l’Eurogroupe, un poste qu’il a occupé pendant 8 ans, avant d’être remplacé par le ministre néerlandais Jeroen Dijsselbloem. C’est sous son mandat que ce sont discutés les premiers plans de sauvetage, et qu’ont été conçus les mécanismes de secours des Etats membres et des banques.

Juncker s’est vite transformé en européen modèle. Fils d’un métallurgiste qui avait été enrôlé dans l’armée allemande au cours de la Seconde Guerre Mondiale, il a travaillé sans relâche à la réconciliation des peuples d’Europe. En Juin 2004, on lui avait proposé de succéder à l’Italien Romano Prodi à la présidence de la Commission européenne. Il avait décliné le poste, parce qu’il voulait rester au pouvoir dans son pays. Finalement, c’est Jose Manuel Barroso qui a été nommé. En 2009, il espérait devenir le premier président du Conseil de l’Europe. Finalement cette charge avait échu à Herman Van Rompuy.

Pour beaucoup de diplomates européens, Juncker est un parfait négociateur, mais il a deux gros défauts : il a toujours une opinion, et il la clame haut et fort. Il est aussi connu pour son sens de l’ironie. « Je n’ai pas à me préoccuper d’une question qui ne se pose pas pour le moment. Si un âne était un chat, il passerait la plus grande partie de sa journée dans un arbre », était l’une de ses réponses favorites lorsque les journalistes lui demandaient de spéculer sur l’avenir. Il avait également fameusement déclaré : « Nous les hommes politiques, nous savons très bien ce qu’il faut faire [pour résoudre la crise]. Mais ce que nous ne savons pas, c’est comment être réélus si nous le faisons ».

Juncker n’en a peut-être pas encore fini avec la politique, et il pourrait se présenter aux nouvelles élections du pays, peut-être à la fin de cette année. Il pourrait aussi caresser des ambitions plus européennes, puisqu’en 2014, les deux charges de la présidence de la Commission européenne et celle du Conseil de l’Europe seront vacantes…

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