Cover image

© EPA-EFE/Andrea De Silva

Economie

Des Vénézuéliens désespérés s'attaquent maintenant aux bateaux de pêche en mer

Au Venezuela, la misère économique a poussé de nombreux pêcheurs locaux à se reconvertir en pirates afin d'échapper au chômage, rapporte Colin Freeman, correspondant étranger du journal britannique The Telegraph. Ces nouveaux pirates des Caraïbes opèrent au large des côtes de Trinidad et s'en prennent à d'autres pêcheurs locaux dont ils volent les embarcations, qu'ils maltraitent ou kidnappent.

Pêcheurs pauvres reconvertis en pirates

La plupart des attaques dans cette zone ont lieu avant le coucher du soleil afin que les pirates puissent disparaître dans l'obscurité. Cependant, personne ne doute de l'endroit d'où ils viennent, ont expliqué plusieurs victimes. Ces pirates ont leur base au Venezuela où des années de crise économique sous le président Nicolas Maduro ont mis des centaines de pêcheurs et même des gardes-côtes nationaux au chômage. Ceux-ci s'adonnent maintenant à la piraterie.

Trinidad, l'île la plus méridionale des Caraïbes, se trouve à seulement 15 km du Venezuela, d'où les pirates opèrent depuis des villes de pêcheurs côtières appauvries telles que Guïria. Ces pirates seraient d'anciens employés de la flotte thonière du Venezuela, pays qui s'est effondré après un programme de nationalisation désastreux imposé par le prédécesseur de Maduro, Hugo Chavez.

Le banditisme maritime de Güiria rappelle la crise la piraterie en Somalie où des pêcheurs pauvres s'étaient également tournés vers le détournement de navires après l’effondrement du pays dans les années 90. Toutefois, alors que les pirates somaliens se déplaçaient en pleine mer pour détourner d'énormes navires de charge, les pirates vénézuéliens restent beaucoup plus proches de la côte. Par conséquent, la plupart de leurs victimes sont des compagnons de pêche de Trinidad, travailleurs qui ne sont pas beaucoup plus riches que les voleurs.

A cause de ces menaces, de nombreux pêcheurs ont décidé de rester à terre et de chercher un autre emploi. D'autres pêcheurs de Trinidad ne pêchent que de nuit avec leurs lumières éteintes ou ont amélioré les moteurs de leurs bateaux de 75 à 200 CV afin d'augmenter leurs chances de s'évader rapidement. Entre-temps, les attaques hebdomadaires se multiplient.

"Parfois, les pêcheurs se font voler, mais dans d'autres cas, ils sont emmenés au Venezuela et faits prisonniers jusqu'à ce qu'une rançon soit payée", explique Esook Ali, dirigeant d'une association de pêche locale. Au début, les rançons étaient comprises entre 5.000 et 10.000 dollars, mais récemment certaines ont atteint les 33.000 dollars. "Les personnes de notre communauté ne peuvent pas se le permettre. Nous avons demandé des escortes à la garde côtière, mais on ne nous a rien donné."

Drogues et armes

Cependant, les communautés de pêcheurs de Trinidad ne sont pas les seules à s'inquiéter. Les pirates ne font pas qu'attaquer les bateaux de pêches. Les pirates sont également des passeurs prolifiques. Il existe une contrebande d'armes et de cocaïne entre le Venezuela et Trinidad. Les armes proviendraient dans de nombreux cas des forces de sécurité vénézuéliennes sous-payées, désespérément en quête de revenus afin de pouvoir continuer à assurer la subsistance de leurs familles.

Ces mêmes passeurs rentrent ensuite au Venezuela avec d'importantes quantités de couches, d'huile de friture et riz, produits qui manquent cruellement dans le pays de nos jours et qui sont revendus jusqu'à quatre fois leur valeur sur le marché noir. Les garde-côtes vénézuéliens seraient également impliqués dans des actes de piraterie.

Selon plusieurs pêcheurs, ces gardes-côtes arrêtent les pêcheurs les accusant de pêche illégale dans les eaux territoriales du Venezuela. Une amende pouvant aller jusqu'à 3.000 dollars est alors exigée sous peine de se voir emprisonné. Lorsque les pêcheurs paient l'amende, leurs bateaux sont malgré tout bien souvent confisqués.

La police de Trinidad craint également que l’afflux de drogues et d’armes à feu alimente les crimes violents, qui atteignent déjà un sommet sans précédent.

Port of Spain, la capitale de Trinidad, compte de nombreux ghettos violents. L'île enregistre plus de cinq cents meurtres chaque année. Trinidad ne compte que 1,3 million d’habitants et le taux de meurtres y est environ vingt fois plus élevé qu’à Londres.

Etant donné sa proximité avec le Venezuela, l'île est déjà une plaque tournante pour les cartels de cocaïne d'Amérique latine qui exportent vers l'Europe et l'Amérique. En outre, des fonctionnaires de la police locale et des gardes-côtes prendraient part également aux activités des cartels de drogue.

Une sortie de crise au Venezuela semble peu probable. En effet, les États-Unis ont imposé de nouvelles sanctions au gouvernement plus tôt cette année après avoir accusé Nicolas Maduro d'avoir remporté un second mandat en truquant les voix.

L'hyperinflation au Venezuela a atteint 1.000.000%. Le bolivar, la monnaie vénézuélienne, est devenu sans valeur. Il n’y a plus de nourriture dans les magasins et les hôpitaux n’ont plus de médicaments. Les partis d'opposition ont été interdits. On redoute maintenant que la situation ne dégénère en guerre civile. 

En raison des problèmes dans leur pays, plus de trois millions de Vénézuéliens ont déjà émigré. Trinidad a jusqu'à présent accueilli environ 40 000 réfugiés vénézuéliens.

Lire aussi