L'interface de Facebook

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Economie

"Facebook a sciemment illusionné les annonceurs sur le potentiel des vidéos"

Mardi, un groupe d'annonceurs a modifié un dépôt de plainte qu'il avait lancée contre Facebook, l'accusant d'avoir sciemment surestimé la durée moyenne pendant lesquelles ses utilisateurs regardaient leurs contenus vidéo, afin de les inciter à en publier encore davantage.

Au cours des dernières années,les médias ont commencé à s'intéresser au potentiel des vidéos, souvent encouragés par des firmes telles que Facebook, qui leur promettaient que la demande était importante, et qu'ils pourraient donc gagner beaucoup d'argent. Mais les résultats ne furent jamais à la hauteur de leurs espérances, et lorsque ces sociétés ont compris que leurs investissements ne seraient jamais rentabilisés, des centaines de personnes, qui avait été recrutées pour travailler à la conception de ces vidéos, ont été licenciées.

Des indicateurs gonflés pour inciter les annonceurs à acheter des espaces

Dans le procès qu'ils ont intenté contre Facebook, les annonceurs expliquent que Facebook leur rendait compte du succès de leurs vidéos publicitaires par des indicateurs tels que le pourcentage moyen de vidéos regardées. Souvent, ce pourcentage était proche de 100 %, autrement dit, suspect.

En 2016, Facebook avait lui-même averti dans un article de blog que le calcul de ce chiffre était erroné. Plusieurs semaines plus tard, le Wall Street Journal avait rapporté que cet indicateur était couramment surestimé de 60 à 80 %.

Cette exagération provenait du fait que Facebook ne tenait compte que des clips qui avaient été regardés au-delà des 3 premières secondes, ignorant la grande masse de celles que les utilisateurs avaient désactivés dès leurs prémices.

Des exagérations de 150 à 900 %

Dans la correction de leur dépôt de plainte, les annonceurs affirment que l'indicateur de Facebook était en réalité surestimé de 150 à 900 %, et que Facebook a délibérément attendu plus d'une année avant d'admettre cette irrégularité. Selon eux, la firme a continué de publier ces chiffres trompeurs pour les inciter à concevoir plus de vidéos, et à acheter les espaces correspondants sur Facebook, parce qu'ils croyaient que les utilisateurs regardaient ces contenus.

Une nouvelle irrégularité, donc, qui s'ajoute au récent piratage de 29 millions d'utilisateurs (dont plusieurs millions en Europe), ou à la révélation du New York Times du début de cette semaine, selon laquelle l'armée birmane s'est servie du réseau social pour instiller la haine à l'égard de la communauté musulmane des Rohingya, sans parler du méga-scandale de Cambridge Analytica, ou de l'interférence russe dans les élections présidentielles américaines, et le référendum du Brexit. 

4 gérants de fonds d'investissement publics américains demandent la démission de Mark Zuckerberg

Toutes ces affaires ont encouragé les gérants de 4 fonds publics américains qui détiennent des parts de Facebook dans leur portefeuille à demander le départ de son CEO, Mark Zuckerberg. Les patrons des trésoreries de l'Illinois, de Rhode Island et de la Pennsylvanie, ainsi que celui de la ville de New York, qui gèrent des fonds de pension, entre autres, sont à l'origine de cette proposition.

En avril de cette année, des actionnaires avaient déjà émis cette demande. Selon eux, les problèmes du réseau social sont inhérents à la manière dont il est géré. Ils expliquent qu’ils n’ont pas été pris en compte de manière appropriée, parce que la structure juridique même de Facebook rend Zuckerberg, qui est à la fois CEO et président du conseil, “intouchable”. En effet, Zuckerberg détient 59,9 % des droits de vote au conseil, et il dispose donc d'un contrôle total sur son entreprise.

La proposition des gérants de fonds publics, qui sera soumise à l'assemblée annuelle des actionnaires en mai 2019, propose la création d'un poste de président du conseil indépendant pour superviser la gestion de Facebook. Zuckerberg devrait donc céder son poste de président du conseil de Facebook, tout en demeurant CEO de la firme. Reste à savoir s'il sera plus réceptif cette fois-ci, et s'il acceptera de partager son pouvoir...

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