L'avion porteur SpaceShipTwo de Virgin Galactic au décollage

© Virgin Galactic

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Virgin Galactic veut envoyer les gens dans l'espace d'ici la fin de l'année, mais qu'y verront-ils ?

Trois start-up se battent actuellement pour être les premières à lancer une fusée habitée. Virgin Galactic, du milliardaire britannique Richard Branson, Blue Origin, la firme du patron d'Amazon Jeff Bezos, et enfin SpaceX, la start-up du flamboyant fondateur de Tesla, Elon Musk.

Tous trois ont une vision différente de ce que doit être un tel voyage dans l’espace. Virgin Galactic veut emmener les passagers pour un vol “suborbital”, à environ 80 kilomètres au-dessus de la terre. Blue Origin poursuit un objectif similaire, mais souhaite le faire sans pilote et travaille donc au développement d’une plate-forme de lancement verticale similaire à celle des missiles traditionnels de la NASA. Mais c’est peut-être SpaceX qui a le projet le plus ambitieux : Musk veut rien moins que coloniser Mars.

Seul Branson fait appel à un pilote

Le seul des trois qui placera le sort des passagers entre les mains d'un pilote est Branson, dans sa tentative de faire du tourisme spatial commercial une réalité. Si tout se passe comme prévu, Branson enverra le Virgin Galactic SpaceShipTwo dans l'espace avec deux pilotes et six passagers.

Six cents candidats - parmi lesquels les acteurs Leonardo di Caprio et Ashton Kutcher, la chanteuse Sarah Brightman et le designer Philippe Starck - ont versé le quart de million de dollars d’avance requis pour s’enregistrer sur l’un des vols spatiaux suborbitaux de Branson.

Lors de ces vols, le vaisseau spatial atteindra l’espace, mais reviendra sur terre avant d’avoir effectué une orbite autour de la planète. Les vols suborbitaux sont donc beaucoup moins coûteux que des vols orbitaux, qui ont coûté des dizaines de millions de dollars, parce qu’ils nécessitent davantage de carburant et plus d'énergie, mais aussi parce que l'infrastructure indispensable pour lancer ces fusées coûte une fortune.

Les pilotes des vaisseaux de Virgin Galactic avant un vol d'essai

© Virgin Galactic

Que verront les passagers?

Les passagers de Bransons resteront en l'air pendant environ 90 minutes. Après avoir été amenés à une altitude de lancement de 15 000 m par un avion porteur (WhiteKnightTwo), le SpaceShipTwo dans lequel ils sont assis sera envoyé dans l’espace par une fusée et montera à la vitesse de 2 500 km/h.

Une fois que les passagers seront dans l’espace, ils pourront se débarrasser de leur ceinture de sécurité, et - libérés de la loi de la gravité - ils pourront flotter en apesanteur dans la cabine pendant environ 4 minutes. Les pilotes de SpaceShipTwo assureront alors le rôle de guide de voyage et les aideront à identifier les objets et les lieux pouvant être observés depuis les hublots.

C’est une vue imprenable sur les grands canyons américains, la côte californienne et la péninsule de Basse-Californie qui les attend.

La Basse Californie et la Mer de Cortes vues d'un satellite

© ESA

Chaque échec signifiera une catastrophe au propre comme au figuré

Jusqu'à ce jour, tout cela demeure du domaine du rêve, car aucune start-up n'a jamais tenté d'effectuer un vol spatial avec des passagers. [En octobre 2014, un prototype du SpaceShipTwo s'est écrasé lors d'un vol d'essai au-dessus de la Californie. L'un des deux pilotes n'a pas survécu à l'accident.]

Un certain nombre d'experts estiment que le concept même du tourisme spatial commercial est irresponsable. Si les explosions du Challenger en 1986 et de Colombia en 2003 nous ont appris quelque chose, c'est que même des institutions réputées comme la NASA ne sont pas protégées contre les catastrophes, disent-ils.

David Cowan de Bessemer Venture Partners, une société qui investit dans les satellites commerciaux, estime que l’on ne contribuera pas à développer la confiance dans l’espace en y envoyant des “personnes”. “Tout échec sera une catastrophe”.

Richard Branson brandit une maquette de SpaceShipTwo

© Getty Images

Virgin Galactic vaudra rapidement "de nombreux milliards"

Dans une interview donnée au New Yorker, Branson - qui a déjà investi un milliard de dollars dans le projet - ne partage évidemment pas cette opinion. Il espère maintenant pouvoir emmener les premiers passagers dans l'espace avant la fin de l'année 2018.

“Nous pensons qu’il y a des millions de personnes qui adoreraient visiter l’espace et c’est notre marché cible. Si vous pouvez faire le meilleur - la meilleure chaîne d'hôtel, [...] la meilleure entreprise aérospatiale - cela peut devenir  quelque chose de grande valeur”. En mai, Branson avait évalué Virgin Galactic et sa filiale de lancement de satellite Virgin Orbit à “quelques milliards de dollars”. Mais bientôt, ils pourraient valoir “de nombreux milliards”, avait-il ajouté.

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