décollage de la fusée de SpaceX Falcon Heavy le 6 février 2018

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Economie

La course aux vols spatiaux touristiques est un cauchemar pour les compagnies aériennes

3 milliardaires (Elon Musk, le CEO de Tesla et SpaceX, Richard Branson, à la tête de l'empire Virgin et Jeff Bezos, le CEO d'Amazon) se sont engagés dans une course pour offrir des vols spatiaux au commun des mortels... dotés d’un gros portefeuille. Mais leurs essais ne réjouissent pas les compagnies aériennes, qui devront bientôt partager le ciel avec eux.

A chaque lancement et retour d’engin spatial, les compagnies aériennes qui exploitent des lignes dont l’itinéraire passe à une certaine proximité de la trajectoire de cet engin doivent retarder ces vols. En effet, la FAA, l’agence gouvernementale américaine en charge de l’aviation civile, limite l’accès à l'espace aérien, parfois sur des centaines de kilomètres, pendant une heure ou plus. L’objectif est d’éviter les risques liés à une possible explosion d’engin en cours de vol. Ces contretemps coûtent une petite fortune aux compagnies aériennes. L’autre mauvaise nouvelle pour elles, c’est qu’elles devront probablement s’y habituer.

Le lancement de Falcon Heavy a été une fête... sauf pour les compagnies aériennes opérant des liaisons en Floride

Ainsi, lorsque SpaceX, la firme spatiale d’Elon Musk, a lancé sa première fusée  réutilisable, Falcon Heavy, le 6 février dernier, depuis la base de Cap Canaveral (Floride), 563 vols ont été retardés de 8 minutes en moyenne et tous les appareils volant dans le sud des Etats-Unis ont dû ajouter une centaine de kilomètres à leur trajet initial. C’est ce qu’indiquent des données de la Federal Aviation Administration publiées cette semaine par l’Association Air Line Pilots (ALPA), un syndicat de pilotes nord-américains, qui rassemble 60 000 membres.

Or les compagnies aériennes évaluaient à 68,48 $ (environ 59,12 euros) le coût du la minute au point d’attente pour les avions en 2017, soit 4 109 $ (environ 3548 euros) par heure. D’une manière générale, les retards de 10 minutes d’une dizaine de vols coûtent près de 70 000 $ (environ 60 500 euros) aux compagnies aériennes.

Plusieurs aéroports convoitent ce nouveau filon

Compte tenu que deux des protagonistes de cette course aux vols spatiaux commerciaux, à savoir Musk et Bezos (Blue Origin), ont établi leur base à Cap Canaveral, pour le moment, ces tracas concernent surtout les liaisons en partance ou à destination de la Floride. Mais déjà, 22 autres sites de lancement se préparent à exploiter ce nouveau filon, tandis qu’un certain nombre de petites villes américaines, telles que Brownsville (Texas), et Watkins (Colorado), s’intéressent à cette nouvelle activité.

Musk envisage d’installer une nouvelle base de lancement pour SpaceX dans le Sud du Texas, à côté de l’île South Padre. Bezos effectue aussi des essais des vaisseaux spatiaux de Blue Origin sur un terrain qu’il possède au Texas. De son côté, Branson (Virgin Galactic) veut effectuer les lancements de son vaisseau spatial au Nouveau Mexique.

Des mesures devront être prises pour assurer une coexistence opérationnelle des deux activités

De plus, s’ils gagnent leurs paris, d’autres firmes les rejoindront sur ce créneau. Probablement, à ce stade, les vols spatiaux se banaliseront, et l’on assistera à des lancements quotidiens, ce qui risque de compliquer sérieusement les opérations des compagnies aériennes.

Tim Canoll, qui dirige l’ALPA, avertit déjà que des mesures devront être prises pour éviter que les lancements de vols spatiaux n’entravent les activités des compagnies aériennes.

L’année dernière, 23 lancements d’engins spatiaux ont été autorisés aux Etats-Unis, à comparer aux 42 000 vols quotidiens assurés dans le ciel états-unien, mais ce chiffre est voué à augmenter. L’objectif de la FAA est d’intégrer ces vols spatiaux dans le flux quotidien des avions de ligne, afin de rationaliser leurs opérations, et de fluidifier le trafic. De même, il sera nécessaire à terme de réduire les restrictions d’accès de l’espace aérien.

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