Iranian rial notes

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Economie

L'Iran planche sur le développement d'une monnaie virtuelle

L'Iran a commencé à développer une crypto-monnaie locale expérimentale l'année dernière en prévision de futures sanctions économiques. Ce programme pourrait être accéléré, car les responsables iraniens et les citoyens craignent les retombées économiques de la décision du président américain Donald Trump de se retirer de l'accord nucléaire iranien de 2015.

L’Iran a ainsi rejoint une série de nations qui expérimentent les cryptomonnaies, dans l’espoir qu’elles leur permettent de contourner les sanctions économiques infligées par les États-Unis.

Le gouvernement veut sa monnaie virtuelle

En Iran, les sanctions économiques, qui aboutiront à réduire fortement les recettes liées aux exportations de pétrole, pourraient déclencher une nouvelle crise économique. Le gouvernement iranien avait anticipé le retrait américain de l’accord, et l’année dernière, il avait mis en chantier le développement d’une cryptomonnaie. En avril de cette année, le ministre de l’Information et des Technologies de Communication, Mohammad-Javad Azari Jahromi, avait annoncé à l’agence de presse iranienne IRNA qu’une “monnaie virtuelle était en développement dans le pays”. Dans un tweet, il avait précisé que la banque étatique iranienne Post collaborait avec des experts locaux pour son élaboration.

La population s'intéresse au Bitcoin pour d'autres raisons...

Une poignée de citoyens iraniens ont également commencé à acheter du bitcoin et à transférer les sommes en cryptomonnaie à des membres de leur famille installées dans d'autres parties du monde dans la crainte que la monnaie nationale ne perde sa valeur.

Pour ce faire, ils font appel à une plateforme locale, LocalBitcoins. "Étant donné que les bureaux de change sont fermés, les sanctions et le rial [la devise iranienne] qui chute sans arrêt, utiliser le bitcoin semble être une bonne idée. Je sais que quelques personnes vendent et achètent du bitcoin en Iran avec LocalBitcoins”, explique le fils établi en Amérique du Nord d’un Iranien qui lui a transféré des bitcoins.

Une véritable fuite... de crypto-capitaux

Ces mouvements de capitaux sont devenus si importants, que la Banque centrale iranienne a interdit aux banques d’effectuer des transactions en monnaies virtuelles au mois d’avril. Désormais, il est devenu très difficile de déplacer de larges sommes en monnaie virtuelle... mais pas impossible.

Au début de ce mois, le journal local Financial Tribune a ainsi rapporté que les Iraniens avaient transféré plus de 2,1 milliards d’euros hors du pays en les convertissant en monnaies virtuelles.

Les entreprises internationales qui avaient repris leurs affaires avec l’Iran après la conclusion de l’accord iranien sur le nucléaire en 2015, grâce à la levée des sanctions, pourraient être elles aussi de se tourner vers les cryptomonnaies pour éviter de rompre leurs contrats. Toutefois, selon Harry Colvin, stratégiste et directeur chez Longview Economics, il est très improbable que les grandes firmes du secteur de l’énergie y fassent appel.

D'autres gouvernements s'intéressent aux monnaies virtuelles...

Le gouvernement iranien n’est pas le seul à avoir eu l’idée de développer une monnaie virtuelle pour contourner les sanctions internationales, et trouver de nouveaux moyens de continuer à exporter du pétrole.

Au début de cette année, on a appris que la Russie envisageait elle aussi de créer un cryptorouble pour contourner les sanctions économiques imposées au pays. Et au mois de février, le Venezuela a vendu les premières unités de son Petro, une monnaie virtuelle adossée au pétrole, qui devrait permettre au pays de pouvoir continuer à emprunter à l’étranger. En août, dernier, l’administration Trump, motivée par son opposition au régime autocratique de Maduro, a en effet interdit aux banques américaines d’acheter les obligations souveraines vénézuéliennes provenant d'émissions récentes. L’Union européenne a elle aussi imposé des sanctions économiques sur le pays.

... mais Trump veille au grain

Reste à savoir si ces monnaies virtuelles seront efficaces au regard de l’objectif que ces pays leur assigne. Au mois de mars, le président Trump a en effet interdit aux citoyens américains d’acheter du Petro ou toute autre cryptomonnaie vénézuélienne, et il a donné toute latitude au Secrétaire du Trésor américain, Steven Mnuchin, pour faire respecter cette interdiction.

Il est donc très probable que la future cryptomonnaie iranienne subisse le même sort...

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