Vehicles queue to stock up on petrol at a Venezuela Oil gas station in Caracas, Venezuela, 17 February 2016

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Economie

Pétrole : tout le monde parle de l'Iran, mais on oublie l'impact majeur de cet autre pays

Les cours du pétrole ont dépassé les 70 dollars (environ 60 euros), leur plus haut niveau depuis novembre 2014. Un savant cocktail de données économiques et de tensions géopolitiques ont récemment fait grimper les cours de l’or noir. On entend beaucoup parler de l’impact d’une potentielle dénonciation de l’accord nucléaire iranien par les États-Unis, mais l’Iran n’est pas le seul pays dont la destinée influe considérablement sur les cours du pétrole : le Venezuela pose lui aussi une grande menace.

Au cours des années passées, l'OPEP et la Russie ont pris des mesures pour réduire la production afin de juguler la baisse des cours. En effet, entre 2014 et 2016, les recettes des pays membres de l'OPEP s'étaient effondrées de 55 %. Depuis, les pays développés ont bénéficié d'une reprise économique, et la demande pour le pétrole est repartie à la hausse, poussant les cours du pétrole dans la même direction.

Néanmoins, la principale cause de l'augmentation des cours du pétrole est à rechercher dans la géopolitique.

L'Iran

En 2015, les États-Unis et ses alliés occidentaux ont levé les sanctions qui pesaient sur l'Iran, suite à la signature d'un accord obligeant ce dernier à limiter significativement son programme nucléaire. Mais le président américain Donald Trump a critiqué cet accord à plusieurs reprises, et a annoncé un retrait des États-Unis de ce traité. Les États-Unis vont appliquer de nouvelles sanctions sur l'Iran. Or, l'accord sur le nucléaire a permis à l'Iran, le 3e plus gros producteur de pétrole de l'OPEP, d'exporter à nouveau du pétrole brut.

Si les nouvelles sanctions américaines sont comparables à celles qui avaient été appliquées par le passé, cela pourrait signifier une baisse des expéditions de pétrole iranien, lesquelles se solderaient par une réduction de l'offre mondiale de l'or noir. Celle-ci pourrait se monter à entre 200 000 et un million de barils par jour, selon les estimations.

Le marché du pétrole dispose actuellement de très faibles stocks, et il serait donc très sensible à toute nouvelle baisse de l’offre.

Le Venezuela

Et ce n'est pas tout, car l'Iran n'est pas le seul en cause. Les cours du pétrole sont aussi largement influencés par la destinée d'un pays qui traverse actuellement une crise politique majeure : le Venezuela. Ce pays, qui est celui qui dispose des plus grosses réserves de pétrole prouvées au monde, connaît actuellement de très graves difficultés économiques, et sa production d'or noir est en chute libre. Depuis 2015, cette dernière a baissé de près d’un million de barils par jour, et elle n’atteint plus “que” 1,5 million de barils quotidiens. C’est une réduction 5 fois supérieure à celle qui avait été prévue par l'accord conclu par l'OPEP et la Russie.

Pire, en raison des difficultés croissantes que le pays rencontre pour emprunter, et du retrait de nombreuses compagnies pétrolières étrangères qui procèdent au rapatriement de leurs employés en raison de la crise politique qui sévit dans le pays, la production pourrait même chuter à 1,38 million de barils par jour, indique l’Agence Internationale de l’Energie.

La compagnie pétrolière d'État au bord de l'effondrement

Rafael Ramirez, l’ex-ministre du pétrole vénézuélien, maintenant exilé en Europe, affirme même que la compagnie pétrolière d’État, PDVSA, est au bord de la faillite, en raison du manque d’investissements et de sa mauvaise gestion. Les dettes de cette firme se montent à  28 milliards de dollars (environ 24 milliards d’euros).

En novembre 2017, le président vénézuélien Nicolas Maduro a nommé le Major Général Manuel Quevedo à la tête du ministère du pétrole et de Pdvsa. Ce dernier n’a aucune expérience du secteur de l’énergie.

Selon Bob McNally, un expert qui dirige Rapidan Energy Group, la baisse de la production vénézuélienne serait même le plus gros facteur de risque pour le cours du pétrole : "si vous me demandiez quel est le plus gros risque de perturbations géopolitiques concernant l'offre de pétrole entre maintenant et décembre, je répondrais : le Venezuela".

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