Air France Aircraft

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Economie

Après Sabena, Air France va-t-elle aussi disparaître ?

En France, Jean-Marc Janaillac, le PDG de la compagnie aérienne Air France, a démissionné après que 55,4% des employés de la compagnie ont refusé la proposition financière qu’il leur avait faite. Janaillac a fait ce qu'il s’était engagé à faire le 20 avril. Avec cette proposition, la direction voulait mettre fin à l'impasse dans laquelle la direction et les syndicats se trouvent depuis plus de deux mois.

Janaillac a proposé une augmentation de salaire de 2 % en 2018, puis de 5 % sur les trois années suivantes, mais les syndicats voulaient obtenir 5,1 % rien que pour cette année. Le cours de l’action d'Air France-KLM a dévissé de 13 % lundi, sa plus grosse chute en neuf ans. 

Les syndicats ont déjà déclenché 13 jours de grève depuis la fin du mois de février et des blocages sont également prévus pour lundi et mardi.

Le Conseil d'Administration envisage désormais de remplacer Janaillac (photo ci-dessous), qui a pris les rênes du groupe franco-néerlandais en 2016. Il restera à la tête du groupe au moins jusqu'au 15 mai.

Air France est détenue à 14 % par l'État français qui dispose de deux fois plus de droits de vote en vertu de la loi Florange, votée en 2014, qui vise à protéger les actionnaires qui conservent leurs actions pendant au moins deux ans.

Bruno Le Maire: "Air France peut disparaître'

Mais le ministre français de l’Économie, Bruno Le Maire, a déclaré la semaine dernière sur la chaîne d'information BFMtv que même si “La survie d’Air France est en jeu”, l'entreprise ne doit pas compter sur l’État: "Ceux qui pensent que quoi qu’il arrive, l’État arrivera à la rescousse d’Air France et épongera les pertes d’Air France se trompent", a-t-il dit

Le Maire a prévenu qu'Air France disparaîtrait si elle ne faisait pas les efforts nécessaires en termes de compétitivité. Il a qualifié de "déraisonnables" les exigences salariales des pilotes d'une entreprise en difficulté financière.

Les Français pris en otage par le secteur des transports

Les citoyens français sont pris en otage par le secteur des transports français depuis des mois. Le conflit autour de la SNCF est loin d'être résolu. Le rail français, détenu à 100% par l’État français, est à l’arrêt de façon intermittente depuis plusieurs semaines parce que les cheminots refusent une réforme visant à moderniser la société et à la préparer à l’ouverture à la concurrence. Mais le gouvernement ne cale pas pour le moment. Le président Macron a déjà dit qu'il ne céderait pas et qu’il maintiendrait ses mesures coûte que coûte.

Air France, d'autre part, navigue dans un secteur hyper-compétitif et a accumulé les pertes au cours des dernières décennies. Air France a perdu 1% de ses parts de marché chaque année depuis 20 ans, et sur les 10 dernières années, ce sont des compagnies étrangères qui se sont accaparées la quasi-totalité de la croissance du nombre de passagers en France (90%). La rentabilité de l'entreprise est de 6%, contre 9% pour celle de Lufthansa, et même 12 % pour British Airways. Les pertes se sont élevées à 118 millions d'euros au premier trimestre 2018. La grève coûte à l'entreprise 25 millions d'euros par jour.

Vendredi, les employés de la compagnie ont rejeté les propositions de la direction.

Qu'en est-il de KLM ?

Beaucoup se demandent maintenant ce qu'il adviendra de la compagnie hollandaise KLM si Air France devait disparaître. Il n'y a pas de réponse immédiate à cette question. KLM a fusionné avec Air France en 2004,  mais le montage juridique est complexe, comme l’est également celle du principal actionnaire de KLM (49%), la holding Air France-KLM.

KLM se porte bien (60 millions d'euros de bénéfices au premier trimestre) et a récemment conclu une nouvelle convention collective avec les syndicats et les pilotes.

L'accord mutuel entre Air France et KLM prévoit que les deux sont responsables de leurs propres résultats et que les pertes de l'une ne peuvent être compensées par les bénéfices de l'autre. Néanmoins, le bénéfice de KLM (60 millions) est en pratique annulé dans les livres de la holding par la perte de 178 millions d'Air France.Cela se solde donc par une perte nette de 118 millions d'euros pour la holding Air France-KLM.

KLM plane

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