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Economie

Méritocratie ? La chance est déterminante pour devenir riche

Le rêve américain est un mythe, et si vous pensiez vous aussi vivre dans une méritocratie, les résultats de cette étude risquent de briser vos espérances. Elle conclut en effet que la distribution de richesses obéit surtout à la chance, et non au mérite.

La théorie de la méritocratie, à la base du rêve américain, voudrait que chacun soit récompensé en fonction de ses mérites. Mais elle comporte un écueil fondamental : en effet, alors que la distribution de la richesse suit une loi de puissance (la richesse peut progresser à l’infini, et de façon exponentielle), celle des talents humains suit généralement une loi normale.

Selon cette loi, la répartition des talents s’effectue de façon symétrique autour d’une valeur moyenne, et peut donc être représentée par la fameuse courbe en cloche de Gauss. Il en va ainsi de l’intelligence, souvent quantifiée par les tests de QI. Le QI moyen est de 100, et une majorité d’individus ont un QI compris entre 80 et 120. En revanche, personne n’a un QI de 1000, ou de 10.000. En outre, même si certains travaillent plus que la moyenne, le temps que l’on peut consacrer au travail est fini, et personne ne peut travailler des millions de fois plus que les autres.

Une modélisation de multitudes de carrières professionnelles

Pourtant, un petit groupe d’individus sont extrêmement riches, et qui plus est, les études montrent que ce ne sont pas forcément les plus talentueux. Alessandro Pluchino, un chercheur de l’Université de Catane, et ses collègues, ont voulu savoir si la chance était un facteur crucial pour la répartition des richesses. Ils ont développé un modèle informatique du talent et de la manière dont les gens l’exploitent pour tirer les opportunités qui se présentent à eux, permettant d’évaluer le rôle de la chance.

Ils ont modélisé un groupe de N personnes, chacune avec un certain nombre de talents, plus ou moins grands (savoir-faire, intelligence, capacités, etc.), répartis autour d’un niveau moyen, exactement comme dans toute société.    

Puis ils ont “suivi” chaque individu au cours d’une carrière professionnelle modélisée de 40 ans. Au cours de cette carrière, ces sujets pouvaient vivre des événements chanceux qu’ils pouvaient exploiter pour s’enrichir s’ils avaient assez de talent, mais aussi des événements malheureux susceptibles de les appauvrir, tous survenant de manière aléatoire.

Les chercheurs ont ensuite classé ces sujets au terme de ces 40 années de carrière, en fonction de leur richesse. Ils ont plus particulièrement étudié les caractéristiques de ceux qui s’étaient le plus enrichis, et calculé la distribution de richesse.

Une répartition conforme à celle que l'on observe dans nos sociétés

Cette simulation a été répétée à plusieurs reprises pour vérifier la validité du résultat. Mais les chercheurs ont retrouvé exactement la même distribution de richesse que celle que l’on constate dans nos sociétés, qui obéit à la règle des 80/20 (80 % des individus disposent de 20 % des richesses, tandis que les 20 % restants s’accaparent 80 % ds richesses).

Et les plus riches n’étaient pas les plus talentueux (même s’ils devaient tout de même être assez talentueux pour s’enrichir), mais les plus chanceux. En revanche, ils étaient bien ceux qui avaient été confrontés au plus grand nombre d’événements chanceux au cours de leur carrière.

“Le succès maximum ne coïncide jamais avec le talent maximum, et vice-versa. Note simulation montre clairement que le facteur qui le fait est la pure chance”, écrivent Pluchino et son équipe. “Il est évident que les individus qui ont le mieux réussi sont aussi les plus chanceux. Et ceux qui ont le moins réussi sont aussi les moins chanceux”.

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