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Economie

Les pionniers des médias sociaux désapprouvent leur création

Les ingénieurs et investisseurs en technologie responsables de la création des médiaux sociaux tels que Google et Facebook ont lancé un avertissement au monde. Cette nouvelle alliance, réunie sous la bannière du Center for Humane Technology (CHT), estime que les médias sociaux s'assimilent finalement à un monstre qui s'accapare nos esprits dans un but purement commercial.  

Google, Facebook, Twitter et Instagram participent à une course afin de monétiser notre attention, ce qui érode les piliers de notre société, affirment plusieurs potentats de la Silicon Valley tels que Tristan Harris, un ancien "Design Ethicist" de Google, et Roger McNamee, ancien conseiller de Mark Zuckerberg, le fondateur de Facebook. Parmi ces détracteurs, on trouve également James Williams, employé chez Google pendant dix ans, ainsi que Justin Rosenstein, l'un des créateurs du bouton "J'aime" de Facebook.

Jim Steyer, cofondateur de Common Sense Media, un organisme qui surveille l'exposition des enfants aux médias sociaux, a expliqué que le CHT rassemblait des lanceurs d'alerte qui s'apparentent à ceux qui ont dénoncé les méfaits de l'industrie du tabac: " Lorsqu'il a été décidé de révéler les manœuvres de l'industrie du tabac et ses créations intentionnelles de produits addictifs à la nicotine, la seule manière d'y aboutir était de le faire avec des lanceurs d'alerte présents au sein de ces compagnies. Et ces deniers ont affirmé: 'Oui, nous ajoutons intentionnellement de la nicotine'."

Critiques

Le CHT dénonce des fonctionnalités telles que le chargement automatique de nouvelles vidéos sur YouTube dès que la précédente est terminée ou encore les tentatives de Snapchat pour "transformer des conversations en séquences, ce qui redéfinit la manière dont nos enfants mesurent l'amitié".

L'organisme critique également le fait que les annonceurs sur Facebook peuvent cibler les utilisateurs en fonction de ce qu'ils ont partagé, mais également en fonction de ce que le réseau social sait sur eux-mêmes. Ainsi, des tiers malintentionnés peuvent cibler des utilisateurs enclins au racisme.

Par ailleurs, Facebook lance également des messages programmés vers les utilisateurs vulnérables émotionnellement, précise le CHT. Le réseau social s'est par exemple rendu compte que les adolescents déprimés avaient tendance à acheter plus de maquillage.

Tristan Harris a expliqué qu'une formule d'abonnement pourrait être une solution pour empêcher que les utilisateurs ne deviennent un produit vendable aux annonceurs. Les fabricants de smartphones pourraient aussi concevoir des dispositifs limitant l'utilisation compulsive des médias sociaux.

Le Center for Humane Technology et Common Sense Media cherchent à former les utilisateurs aux tactiques des géants des réseaux sociaux afin de défier l'industrie et de contrecarrer ses pouvoirs.

Dernièrement, on assiste à une vive controverse au sujet des séquelles probables des réseaux sociaux sur le cerveau des utilisateurs. Selon les détracteurs de ces plate-formes, l'utilisation des médias sociaux favoriserait la dépression chez les adolescents.

Selon Harris, l'avènement de l'intelligence artificielle est particulièrement inquiétant. "Les plus grands superordinateurs du monde se trouvent au sein de deux sociétés - Google et Facebook – et que visent-elles? Elles visent le cerveau des personnes, celui de nos enfants", a-t-il déclaré au New York Times.

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