Stockholm

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Economie

C'est Stockholm qui récupérera la fintech de la City après le Brexit

Francfort, Paris et Dublin se disputent les faveurs des établissements financiers londoniens pour reprendre le rôle de place financière internationale de la City. Mais personne ne semble envisager un autre scénario: celui de la répartition des activités sur plusieurs villes européennes. Pourtant, tout porte à croire que Stockholm récupérera un morceau de choix du gâteau de la City: celui de la technologie financière, ou fintech. La capitale suédoise, qui recelait 12 % des startups de la fintech européennes en 2017, est en effet bien placée pour reprendre le flambeau, rapporte James Savage de The Local.

Avec le Brexit, Londres devrait perdre son intérêt pour les investisseurs de la fintech qui lui substitueront probablement Stockholm comme capitale européenne de la fintech. Personne ne sait quelles réglementations Londres adoptera après le divorce d’avec l’UE, ce qui crée une incertitude.

Stockholm a déjà récupéré la Green Digital Finance Initiative, une instance soutenue par l’ONU, qui avait initialement choisi Londres mais a finalement opté pour la Suède, essentiellement en raison du Brexit.

Stockholm est déjà bien placée

Et ce n’est pas illogique, compte tenu que Stockholm n’est pas une première venue dans le monde de la fintech. Elle héberge déjà plusieurs stars de ce secteur, dont Klarna (une licorne créée en 2005 et valorisée 2 milliards de dollars qui propose une technologie de paiement pour les sites de e-commerce), iZettle (un fournisseur de moyen de paiement pour mobiles), mais aussi une galaxie composée de plus de 270 autres startups de taille plus modeste. La plupart sont fortement tournées à l’international, et pour certaines, le principal marché se situe à l’étranger.

De plus, Stockholm héberge aussi les investisseurs en capital-risque les plus actifs dans le domaine des fintech, dont 3 des 18 plus importants (NFT Ventures, Northzone et Creandum).

Les Suédois aiment la technologie

Et ce n’est pas un hasard. Les Suédois font bien plus confiance en la technologie pour gérer leur argent que les Allemands, par exemple. Cela est directement imputable aux initiatives prises par le gouvernement suédois pour démocratiser l’usage de l’informatique. Dans les années nonante, il subventionnait l’achat d’ordinateurs pour les familles et a investi lourdement dans le réseau internet en généralisant la fibre optique. 

La culture suédoise a aussi joué un rôle. Les Nordiques sont les peuples les plus confiants en leur prochain du monde, a montré la dernière édition de la  World Values Survey de 2015. Ils sont aussi très connectés, et la plupart des Suédois utilisent couramment leurs tablettes et smartphones pour régler leurs transactions.

La disparition du cash est déjà une réalité en Suède

En conséquence, l’argent liquide est en voie de disparition en Suède. En 2007, les espèces en circulation se montaient à 100 milliards de couronnes; en 2016, ce montant avait chuté à 65 milliards. Au début de cette décennie, on utilisait encore l'argent liquide dans 40 % des transactions en Suède. Cette part avait chuté à environ 15 % il y a 2 ans. Les Suédois utilisent de plus en plus les applications mobiles pour régler leurs transactions, comme Swish, qui a été téléchargée par 61 % d’entre eux. Les SDF qui vendent des journaux disposent de lecteurs de cartes, et même à l’église, les paroissiens emploient des apps pour participer à la quête.

De son côté, l’Etat suédois encourage le développement des fintech. Et à la fin de l’année 2016, la banque nationale de Suède, la Riksbank, a annoncé qu’elle étudiait la possibilité de lancer sa propre monnaie virtuelle, la « e-couronne ».

Des obstacles à surmonter

La Suède devra cependant réaliser quelques progrès dans certains domaines pour accroître son attractivité. Elle doit d’abord régler le problème de l’emballement de son marché immobilier. Des recherches menées par l’agent immobilier Fastighetsbyrån ont montré que les prix de l’immobilier avaient augmenté de 39 % au cours des 5 dernières années. De plus, l’encadrement des loyers a provoqué une pénurie de logements proposés à la location. De ce fait, il est devenu très compliqué pour les dirigeants et les cadres du secteur des technologies - comme pour les autres citoyens - de trouver un logement.

En 2016, Daniel Ek et Martin Lorentzon, les deux fondateurs de Spotify, la plus grande société de streaming musical basée en Suède, ont menacé de délocaliser cette dernière et ses milliers d'employés aux Etats Unis si le gouvernement suédois ne prenait pas des mesures pour faciliter la vie des startups et leur permettre de se développer. Comme eux, beaucoup d’autres startups déplorent le manque d'effort des politiciens suédois pour les aider à se développer et à devenir des entreprises de taille à se battre contre les GAFA (Google, Amazon, Facebook, Apple).

Elles leur reprochent en particulier de ne pas avoir prévu la possibilité de de rémunérer les employés en stock-options. Selon eux, cette lacune aboutit à des difficultés de recrutement.

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