La fin de la 'voiture reine'? Les personnes âgées ne peuvent plus conduire, et les jeunes n'en veulent plus...

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Les tendances actuelles, en matière de consommation, mettent les constructeurs automobiles en face de perspectives très sombres, rapporte le Wall Street Journal. En Europe, les immatriculations ont chuté au point qu’elles sont presque retournées à leur niveau d’il y a 20 ans. Et pour certains experts et des cadres de ce secteur, ce n’est pas un phénomène conjoncturel.


Une combinaison de facteurs, tels que la hausse des prix de l'essence, la plus grande longévité des véhicules, le déclin de la voiture en tant que symbole de statut social et la baisse du nombre de jeunes qui obtiennent leur permis de conduire, font que les Européens achètent de moins en moins de voitures.


« L'Europe va rester pendant longtemps un marché difficile », a dit Carlos Ghosn, le CEO de Renault et Nissan. Il explique que la reprise de la croissance ne profitera pas autant qu’avant au secteur automobile, parce que les jeunes préfèrent désormais acquérir des smartphones et d’autres gadgets qui leur permettent de rester connecté.


IHS Automobile, un prévisionniste du secteur, s’attend à ce que 12,2 millions de voitures soient vendues en 2013, contre 16 millions en 2007, soit une baisse de 8%.


Certains constructeurs automobiles entrevoient un peu d’espoir, considérant que les ventes de voitures au cours des dernières années ont été tellement faibles, qu’à un moment donné, les consommateurs seront bien obligés de renouveler le parc existant. De nos jours, en Europe, une voiture moyenne est âgée de 8,7 années, contre 7,9 ans en 2009, a estimé le cabinet Roland Berger Strategy Consultants.


Un autre facteur qui joue aussi contre la reprise du secteur automobile est l’évolution démographique en Europe. En 2011, la population âgée d’entre 15 et 65 ans a culminé en Europe, et selon des données des Nations Unies, au cours des 10 prochaines années, elle va se réduire de 1,4%. Selon Morgan Stanley, le déclin de la population pourrait provoquer une baisse des ventes de l’ordre de 400.000 voitures par an pendant cette période (voir tableau ci-dessous). De ce point de vue, l’Europe est de plus en plus comparable au Japon, où les ventes de voitures sont désormais 30% inférieures à ce qu’elles étaient en 1990, en raison de la stagnation économique, et du déclin de la population en âge de conduire.


Par-dessus le marché, les jeunes qui arrivent en âge de conduire éprouvent moins le désir de posséder une voiture, et tout autour du monde, ils sont de moins en moins nombreux à passer leur permis de conduire. Mais en Europe, cette tendance est encore plus forte. En Allemagne, en France, et au Royaume-Uni, les moins de 30 ans utilisent moins la voiture pour leurs déplacements que leurs prédécesseurs de la décennie précédente, alors qu’en Amérique, les chiffres sont restés inchangés. Même en Allemagne, pays à forte tradition automobile par excellence, en 2008, les ménages âgés de 18 à 34 ans n’étaient plus que 72% à posséder une voiture, alors qu’ils étaient encore 80% en 1988. Le dense réseau de transports en commun mis en place en Europe favorise cette tendance.


Selon Alix Partners LLP, un cabinet de consultants cela signifie que dans les 5 prochaines années, les constructeurs seront obligés de fermer 5 à 7 autres usines automobiles en Europe. Il précise que cela ne suffira probablement pas et qu’il faudrait en fermer une douzaine en réalité pour que le secteur renoue avec la rentabilité.


En févier de cette année, Sergio Marchionne, le CEO de Fiat et Chrysler, qui préside également l’Association des Constructeurs Automobiles Européens, avait indiqué que les constructeurs européens devraient réduire leur capacité de production de 20%. « C’est forcément douloureux, quand on parle de réductions, cela aura initialement un impact négatif sur l’emploi », a-t-il précisé lors d’une conférence de presse à Bruges en mars dernier.